lundi 22 décembre 2008

parution des éditions le corridor bleu



Le Mahâbhârata

extraits contés par Anaïs Boyer


Le Mahâbhârata est l’une des épopées les plus belles, les plus anciennes et les plus longues au monde. Son thème central est la destruction d'un monde devenu maléfique qui doit être remplacé par un monde nouveau. La Terre, accablée par les démons, se plaint aux dieux. Les dieux décident de faire couler le sang pour la soulager. Les protagonistes du récit sont cousins de la même lignée, cinq princes Pândava, incarnations des dieux, cent princes Kaurava, incarnations des démons. Ils s'affrontent pour une lutte de pouvoir.
Dans cet immense récit indien, très complexe, Anaïs Boyer a choisi de raconter, pour un public occidental, deux épisodes guerriers, d'après les textes sanscrits anciens, en les résumant brièvement mais sans modifier le déroulement de l'action. La Razzia sur les vaches du roi Virâta révèle la valeur du prince parfait, Arjuna, le troisième Pândava, fils du roi des dieux, luttant seul, victorieusement, contre les cent Kaurava. La Mort de Karna se situe à l'avant-dernier jour de la grande bataille finale. C'est le combat d'Arjuna contre son ennemi personnel, son égal par ses exploits guerriers.

“ Ce texte que vous allez lire n'est donc pas une traduction, bien qu'il ait été élaboré avec un soin respectueux. Il n'a pas été écrit pour être lu silencieusement. Il est une partition de parole. ”
Bruno de La Salle


ISBN : 2-978-2-914033-27-5 / 64 p. / 12 x 18,5 cm. / 8 € / Port : 2 €
règlement à l'ordre du corridor bleu 185, rue gaulthier de rumillly 80000 amiens
www.lecorridorbleu.fr

vendredi 12 décembre 2008

à lire

Un article de Jacques Josse consacré à Jamais ne dors de Pascal Boulanger édité par le corridor bleu.
Comment allons-nous survivre en tant qu’êtres infernaux ?
Comment survivre en tant qu’êtres célestes ?
Nous avons besoin d’un mécanisme de survie, d’une méthode quelconque.

Chögyam Trungpa, Bardo Au-delà de la folie

vendredi 5 décembre 2008

prière à saint expédit

Ô Saint Expédit, toi qui es le patron des écoliers,
plein de confiance en ta fidèle intercession,
je viens te demander de m’obtenir la grâce
de réussir dans l’examen que je redoute.

Je pense avoir apporté dans mes études
toute l’application dont j’étais capable;
mais je sais aussi que le Bon Dieu seul
accorde tous les biens à ceux qu’il aime.

C’est pourquoi, Saint Expédit,
j’ai recours à ton assistance,
afin que tu pries pour moi le Seigneur
et qu’il daigne m’être favorable.

Qu’il m’accorde aussi la grâce
de pouvoir durant toute ma vie le servir
avec autant d’amour que tu le servis toi-même.

mercredi 3 décembre 2008

la vie merveilleuse de julien cocquerel

1.
je suis malheureux
non, épuisé
mon eau est croupie
il y a des blocages
de la fraîche me ferait du bien
pas de l’alcool en quantité
mais il n’y a que ça
(ou je ne veux que ça)
j’arrache les toiles d’araignées
avec une bouteille vide
je me remémore des visages de femmes
les corps, la courbe des fesses et
les hanches
c’est l’unique beauté que me
recréent mes cuites
c’est l’unique beauté de ma vie
je pense qu’elle va au-delà de tout
ce que vous pouvez penser
car la vie est la beauté, la souffrance,
les couinements de porc, le christ en rut,
les pleurs de sa mère, ma gloire, les chattes fumantes

2.
le compte en banque et les goûts personnels
reposent sur des bases si fragiles
qu’on finit par leur donner de l’importance
qui veut se retrouver nu sur la place du marché
et donner ses biens aux prostitués lourdement maquillées ?
qui veut aimer les bêtes comme on aime une chose ?
il n’y a rien de plus beau qu’un homme qui paye
une crève-la-faim du tiers-monde pour se faire pomper
là est la beauté entière
nous ne recherchons que cela
alors oui traverse les mondes, celui des fantômes affamés et
celui des femelles (qui s’offrent nues au regard
des hommes), traverse et reviens si tu veux
qu’auras-tu fait sinon connu la précipitation et espéré
l’éveil, si les pierres te plaisent, il faut les manger, les sucer
les broyer si la douleur est dans le crâne, c’est que nous
sommes loin de la sainteté, très loin car le saint
jamais ne souffre même paralysé, martyrisé, humilié, roué
jamais ne souffre
en lui infuse ce qui est
jamais ne doute
jamais ne veut
jamais ne cherche

3.
tu sais peut-être que les gens de peu ont la foi simple du cordonnier
et qu’ils adorent plus que tout la vierge marie
qui console les cœurs meurtris
leur misère, si longue et si chiante, pour l’écouter
qui sera là ?
nous aussi souhaitons la misère de ceux qui font souffrir
nous ne voulons pas leur ouvrir nos lits, l’envers de nos tiroirs
et les grains de poussière, papiers, trombones, briquet, souvenirs
qui y traînent ni leur donner du bon vin, de la bonne bouffe
nous aimons penser qu’ils échapperont toujours à notre colère
et que c’est ça qui les rend vraiment irrécupérables
imagine que c’est un tas de merde et que chaque jour
nous devons les enduire de notre bave de gentillesse et d’attention
(récoltée par des nymphes chaudes)
avec un pinceau voire nos cheveux s’ils sont suffisamment longs
c’est l’objet de tout notre être, de tout notre temps, de toute notre vie
et je comprends toujours pas grand chose à tout cela
mais si, au fond, on pouvait raconter la première prise de lsd
le premier sexe crade, l'œil torve d’un poisson tué gratuitement
tout serait plus simple

4.
aujourd’hui j’ai rangé mon intérieur, il y avait pas mal de choses
et pas que des objets, des animaux beaucoup, des déchets
j’aimerais bien tout perdre mais c’est trop facile, trop prévisible
ma mémoire fonctionne comme une étagère et l’amour des bêtes
me montre pourtant que c’est stupide

5.
un regard un peu plus humide, oui
une chute de reins trop marquée, c’est tout
là voilà pour hanter le champ de mon esprit
qui dira le contraire, qui connaît plus beau, terrible
et l’amour ne saurait souffrir pareille errance
les petites perdrix, les clefs rouillées, la voix nasillarde
ulysse (et les siens) n’est pas mieux que moi, je l’aide
à ne pas trop souffrir quand les voiles se dégonflent
la plaine aux couleurs de dévastation, où s’est enfuie la vie ?
quand je vole au-dessus pourquoi aurai-je peur ? la gorge se plaque
il est impossible de ne pas s’étouffer et pourtant je suis le roi
esse percipipi
merveilleux de ce pays mort que j’aime tant, aux mille caprices
dont celui de ma vie, mon souffle, la paix, pacotille !

6.
le cauchemar, la boue de caféine et de chien mouillé
au seuil des joies que je partage avec les piafs connards
je l’aime
et ma chair jamais ne touche
mon esprit jamais ne trouble
oui c’est vrai
chloë prenait beaucoup de cachets pour atteindre l’éveil ou
la libération je ne sais
vraiment beaucoup et parfois pétait les plombs, à poil dans les
rues de paris à hurler après moi, les ténèbres, les requins, c’est égal
lola se faisait sauter par tout ce qui passait pour découvrir l’âme humaine
vraiment tout et parfois pleurait
« tu ne m’aimes pas tu ne m’aimes que pour le sexe, baby
je t’aime you know toi tu as des limites »
la découverte de l’infini est importante

7.
le roi je l’ai aimé, ses armées suivies
les animaux de compagnie également
mon énergie, ma joie, mes affects, idem !
et ce qui reste, non, ce qui se dresse
est extraordinaire, digne du yéti, des temps
glorieux, de rome, de la crémière que tout le village
oui ! un jour viendra pour la sainteté
vous qui souffrez, qui sentez le malheur sale
le jour viendra, cela fait partie de la beauté

8.
plus que tout, plus que tout quoi ? aux yeux des autres
dans le for intérieur de sa propre guerre, qu’est-ce qui vaut plus que tout
on s’échoue plus ou moins lamentablement
le lièvre élastique et électrique, les filles humides, les vieux qui sentent
les chicots, les verrues, l’haleine de bière, les yeux rouges
la grand-mère qui pisse en jet dans le seau que sa fille lui tend
l’une des personnes de la trinité chez les orthodoxes s’élève à un moment précis
de la messe, vers quoi, on ne sait pas trop, tout cela reste mystérieux
alors oui, je crois que sale-pute-sainte-et-apostolique s’avance sur le parvis
car la vue de matax-ratatax-atarax l’incommode :
- petite saleté, tu évites les questions, ça ne peut plus durer
- je te promets que non, je ne puis faire autrement, évite-moi alors
- ça ne marche pas comme ça
- ce sera donc la guerre
- pfffff
- pauvre fille
- bouffe tes morts
- même pas en rêve
- soit

9.
des pâtes et un steak surgelé, de la bière locale
comment m’aimes-tu
il y a une haie de corps de femmes et leur réalité est un comme un tourment
il est difficile de comprendre pourquoi leurs corps présentent une résistance
de corps, on ne le traverse pas si vous préférez
la fille la plus salope que tu as baisée
difficile à dire, ses yeux, sa démarche, tout le métro se retourne
comme des chiens, les clodos lui disent des trucs obscènes voire
se branlent direct

10.
le désir rend-il pâle la raideur du chevalier ?
c’est la fébrilité qui le saisit
quand il attrape la soubrette
effroyable, le plus grand des sentiments


11.
Begotten (1991)
Directed by E. Elias Merhige. With Brian Salzberg, Donna Dempsey, Stephen Charles Barry. God disembowels himself with a straight razor. The spirit-like Mother Earth emerges, venturing into a bleak, barren landscape. Twitching and cowering, the Son Of Earth is set upon by faceless cannibals.

12.
verse la haine de ton cœur, c’est le miel noir
que boit la cité rouge
elle dort et je tremble
elle tremble, je ne dors pas
le sexe doit à la violence ou l’inverse ?
qui est digne de la vérité ?
pas elle, pas toi

13.
Calvaire (2004)
Directed by Fabrice Du Welz. With Laurent Lucas, Brigitte Lahaie, Gigi Coursigny.
A few days before Christmas, traveling entertainer Marc Stevens is stuck at nightfall in a remote wood in the swampy Hautes Fagnes region of Liège, his van conked out. An odd chap who's looking for a lost dog leads Marc to a shuttered inn; the owner gives Marc a room for the night. Next day, the innkeeper, Mr. Bartel, promises to fix the van, demands that Marc not visit the nearby village, and goes through Marc's things while the entertainer takes a walk. At dinner that night, Bartel laments his wife's having left him, and by next day, Marc is in a nightmare that may not end.

14.
en progressant dans la choucroute bleue qui n’a pas de limites (et nous le saisissons)
il n’est pas absurde de créer des dieux et des monstres affamés
pour se diriger
celui qui ne le fait pas
risque de ne rien voir
de sombrer sans aucun intérêt dans le rien vide de tout
et les dieux sont dans le crâne de mon père, du sien, ad libitum
dans les synapses, dans la terre, dans le foutre, ils sont là
radieux quel que soit l’odeur des draps
ils sont là vieux et tigres, excitent l’âme, multiplient

15.
le calvaire de monica

16.
Ex Drummer (2007)
Directed by Koen Mortier. With Dries Van Hegen, Norman Baert, Gunter Lamoot.
Every village has its band of fools, trying to get to the top, following their idols in drug habits, but staying losers till the end of their pathetic days. They all do this in the name of rock & roll. Three disabled rock musicians are looking for a drummer. Dries, a well known writer, seems the right guy for the job, were it not for the fact that his only handicap is that he can't play the drums. He joins the group as a perfect, but evil god walking down his mountain to play with the populace. With the arrival of this infiltrator, personal disputes and family feuds start to jeopardize the band's fragile future. Dries will manipulate them till they are willing to drink each others blood and their only future is written down in many Punk lyrics: "No Future".

17.
dans les bois les porcs
ta lie, le sang vermillon et fluide
un monochrome ou un regret ?
heureusement il y a glenn gould
c’est la consolation d’une journée sans sexe
pénétrer dans le monochrome, la choucroute bleue et ses dauphins
je suis armé et les armes coulent
je ricane et les armes brillent
le rostre de l’espadon, la douleur est moins que la peur
tu es si belle dans ta nouvelle photo de profil

18.
Dispositifs/Dislocations propose une poétique du collage à travers différentes manifestations historiques et génériques : arts plastiques (Picasso, Rodtchenko, Jasper Johns), littérature (Denis Roche, Manuel Joseph), musique (Oval, Negativland). Olivier Quintyn reconceptualise cette notion en la décrivant comme un dispositif destiné à dramatiser des expériences de désunion entre des logiques symboliques de représentation du monde.
Retravaillant certains concepts de l’esthétique analytique de Nelson Goodman et de l’épistémologie de Paul Feyerabend, il fabrique une petite grammaire des opérations collagistes articulant divers types de fonctionnements pragmatiques. Il développe enfin une réflexion sur leur portée sociale, dans le cadre d’une critique philosophique de la culture (Theodor Adorno, Walter Benjamin). Le but de ce livre est de donner une consistance théorique à des pratiques dénaturalisant les formes de croyance et de savoir collectif par des tactiques de dislocation épistémocritique.

19.
épistémocritique

20.
descendre à 30 m. est une aventure, puis 40, ad lib.
qu’est-ce que je fais là ? qu’est-ce que j’ai oublié là-haut ?
un bon coca-cola et une douche chaude
la couleur rouge dans le monde entier
au détour d’une ruine doit rappeler
le bon goût du coca-cola comme les déesses
antiques pouvait sauver dans les bas-fonds de babylone
oui je l’ai oublié et il faut accepter la pression sur son corps
c’est la vie merveilleuse, une question d’habitude
le grand secret c’est les ET les ufo nazis
les dieux dansent dans mon sang qui peut percer mon cœur
si je descend trop le long du câble
une couronne de douze étoiles
le rayon du supermarché
(provoque)
nous faisons de la poésie dominicale
champêtre, très en deçà, très
toujours à la traîne
il faut se détacher de l’idée de performance car cela fait faire des bêtises
pourras-tu remonter ? y aller ne suffit pas

21.
le mage jaune émet ses desseins machiavéliques
par les antennes de son casque
sa cruauté est infinie
le suicide est une belle mort

22.
nous sommes si fragiles
les déterminations sont exponentielles
et donc nulles,
oui le sentiment d’attachement peut-être stimulé électriquement
te construire dans la drogue qui pèse sur les épaules
te droguer à l’envi
rien ne m’appartient pas même une publicité
me donnant la vie

la crapulerie est une détermination
la nouvelle megane coupé est l’incarnation du pur plaisir
s’arrêter à la pierre et sacrifier, vaches maigres, trois bananes
sur le sang séché des holocaustes des esclaves
souffrir et faire souffrir ne sont pas les seules joies
imaginer un amour sur une planète aride n’est pas impossible
mais l’amour d’une machine
c’est de l’attachement
j’admire le show business
qu’un moment, qu’un lieu, une épiphanie
vous êtes un peu trop vindicatif
les déterminations se multiplient
les chinois ne sont pas responsables de tout
je vous aime

23.
irai-je jusqu’à tuer, c’est une belle question
pour la vie merveilleuse
c’est mieux qu’un vie bourgeoise ou critique
j’aime tant la chanteuse de la star academy
pour l’offrir sur le sanctuaire
ouvrir sa cage thoracique avec un scalpel stérilisé argenté effilé
retirer la peau fine au-dessus des muscles vifs
les dieux au balcon, des femmes se roulent entre elles sur un épais divan
en forme de cœur
je choisis bien mes mots pour lui dire que nous allons partir
grâce à elle sauver troie
elle chante pendant le sifflement de la lame

24.
énumérer et raconter mes inimitiés (vont-elles jusqu’à la haine ?)
si j’aime leur malheur et eux donc
si j’aime leur joie
nb : ce que l’on recherche dans le sexe
n’est pas facile

25.
et dire que ces sales fils de putes
pensent que dans un poème
ça va, ça vient, ça rate, ça pue, ça jouit
sépulcres blanchis
vermine idem
souriceaux je baise la couenne noire
le sang de foutre, la bile rose
ceci est mon corps
c’est un si beau poème
au-dessus de l’horizon de l’autel
je fais de la poésie de catéchisme, c’est très important

26.
ok je force un peu sur les cachets en ce moment
les pétards ce qui enlève de l’attention
il y a trop de baleines, plus personne n’y croit
et pourtant c’est impressionnant
à voir évoluer comme un vaisseau sidéral
qui s’enfonce dans l’infini, c’est tout
mais trop c’est trop inerte la baleine
n’a plus rien de magique, le baleineau échoué
et la foule qui se lamente moi je préfère le flécher
pour faire la une quitte à me faire arracher le bras

27.
j’ai craché sur la prostituée
le mendiant
le clébard
le chou-fleur
loin il y a des vaisseaux
qui cuvent leur kérozène discrets dans la stratosphère
l’invasion est pour bientôt
non les chinois ne sont pas responsables de tout
ces saloperies d’ET et d’ufos nazis qui remettent en cause
le mystère de l’incarnation

28.
nous entrons mes camarades et moi unis
dans le temple saint et vieux comme hérode
sans qu’on s’en doute le christ panthokrator
nous regarde en disparaissant dans le mazout
à la verticale de la vie merveilleuse
il nous regarde, son regard
et disparaît
nous disparaissons
infimes

29.
atro-logie dans l’hémisphère
raye
les freux d’acier, les femelles ouvertes
pleure ma drogue la quille le pif alzheimer
pleutre comme une couleuvre
avale !

30.
la vue sur l’océan est magnifique
si l’on excepte ces satanés fils électriques
un sac plein de poulpes
la chasse sous-marine de nuit pour les langoustes
il faut remonter toute la barrière de corail
en éteignant sa torche pour ne pas se faire
pincer par les flics
un peu au large au-delà de 10 m de fond
les poissons sont moins méfiants
une raie passe comme un train
dans l’eau trouble couleur sac poubelle
je me retourne effrayé
la raie passe
d’un coup les poissons filent, tous ensemble
est-ce leur ligne médiane qui permet
une telle synchronicité ?
je reste preneur de toute réponse sérieuse (0692042201)

31.
le sexe remplit les formes des femmes
à presser, écraser, y entrer comme dans un four
au supermarché je suis les formes
qui me rendent si malheureux
je vais vous recopier la liste de mes courses
les codes-barres, les tickets de caisse, mais
il n’y a que les formes au milieu des promotions
et des têtes de gondoles, des connards abrutis en tongs et bobs
le désir et le sexe évitent l’aridité des rayons
et me flèchent en plein songe

32.
dans les films de russ meyer les femmes
parviennent à ce qu’elles veulent
grâce à leurs seins volumineux
la réalité n’est-elle pas moins complexe ?
chez le coiffeur nous nous calons
entre les seins d’une mahoraise obèse
la réalité grouille de cons
noirs velus de mouches éclatantes
ça grésille même entre les chairs
la jeune fille (que j’ai connue si jeune) doit maintenir avec la main son décolleté
lorsqu’elle lance la balle sinon tout tomberait
cela briserait quelque chose
nous serions surpris
assurément
comme lorsque la vedette de la tv laisse place
d’un coup à la neige abstraite et infinie

33.
j’ai grandi parmi les frottis
et les enclumes au beurre aussi
la caverne je la connais
les scolopendres ont la piqûre douloureuse
seigneur, couvre leurs faces d’ignominies
qu’ils implorent ton nom
seigneur aide-moi, soutiens-moi quand je suis beau,
quand je veux tuer un thon dents de chien de plus d’un mètre
aide-moi à bien le viser dans la colonne vertébrale pour le sécher net
il n’y a plus de chattes et de stupidité dans la glèbe
les tracteurs évanouis, les tas de fumiers et la ville trop chiant d’y aller
avec les bouchons et l’heure du ramassage scolaire
après le périph, après les lignes électriques, non…
dans le bleu, l’angoisse sublime du requin au coucher du soleil, dans l’eau trouble
dans tes cuisses élastiques et fluides
promis je ne me foutrais plus de la poésie des « racle-moi la muqueuse »
elles ont leur nécessité, elles sont les chattes des désœuvrés
sur leur tas de désirs (écrans plats, bibles et hard sex à la carte)
st paul sur la route de damas ouvre l’histoire
et moi je l’achève quand je tue, quand je crève, quand j’aime les agneaux dévorés
quand je vole au-dessus des coraux l’instinct dans le crâne
prêt à tuer, prêt à l’être
(tué par un blanc c’est la classe, un bouledogue moins mais quand même)
j’écoute la stridence et le raclement, la confusion, le couinement
de la chaleur des femmes que j’ai tant voulu sauter
33 c’est un cap de la vie merveilleuse
trépaner son père, essuyer les muqueuses mortes
vrombir dans les moteurs des panzer

mercredi 26 novembre 2008

la vie merveilleuse de julien cocquerel 3

22.
nous sommes si fragiles
les déterminations sont exponentielles
et donc nulles,
oui le sentiment d’attachement peut-être stimulé électriquement
te construire dans la drogue qui pèse sur les épaules
te droguer à l’envi
rien ne m’appartient pas même une publicité
me donnant la vie

la crapulerie est une détermination
la nouvelle megane coupé est l’incarnation du pur plaisir
s’arrêter à la pierre et sacrifier, vaches maigres, trois bananes
sur le sang séché des holocaustes des esclaves
souffrir et faire souffrir ne sont pas les seules joies
imaginer un amour sur une planète aride n’est pas impossible
mais l’amour d’une machine
c’est de l’attachement
j’admire le show business
qu’un moment, qu’un lieu, une épiphanie
vous êtes un peu trop vindicatif
les déterminations se multiplient
les chinois ne sont pas responsables de tout
je vous aime

23.
irai-je jusqu’à tuer, c’est une belle question
pour la vie merveilleuse
c’est mieux qu’un vie bourgeoise ou critique
j’aime tant la chanteuse de la star academy
pour l’offrir sur le sanctuaire
ouvrir sa cage thoracique avec un scalpel stérilisé argenté effilé
retirer la peau fine au-dessus des muscles vifs
les dieux au balcon, des femmes se roulent entre elles sur un épais divan
en forme de cœur
je choisis bien mes mots pour lui dire que nous allons partir
grâce à elle sauver troie
elle chante pendant le sifflement de la lame

24.
énumérer et raconter mes inimitiés (vont-elles jusqu’à la haine ?)
si j’aime leur malheur et eux donc
si j’aime leur joie
nb : ce que l’on recherche dans le sexe
n’est pas facile

25.
et dire que ces sales fils de putes
pensent que dans un poème
ça va, ça vient, ça rate, ça pue, ça jouit
sépulcres blanchis
vermine idem
souriceaux je baise la couenne noire
le sang de foutre, la bile rose
ceci est mon corps
c’est un si beau poème
au-dessus de l’horizon de l’autel
je fais de la poésie de catéchisme, c’est très important

26.
ok je force un peu sur les cachets en ce moment
les pétards ce qui enlève de l’attention
il y a trop de baleines, plus personne n’y croit
et pourtant c’est impressionnant
à voir évoluer comme un vaisseau sidéral
qui s’enfonce dans l’infini, c’est tout
mais trop c’est trop inerte la baleine
n’a plus rien de magique, le baleineau échoué
et la foule qui se lamente moi je préfère le flécher
pour faire la une quitte à me faire arracher le bras

27.
j’ai craché sur la prostituée
le mendiant
le clébard
le chou-fleur
loin il y a des vaisseaux
qui cuvent leur kérozène discrets dans la stratosphère
l’invasion est pour bientôt
non les chinois ne sont pas responsables de tout
ces saloperies d’ET et d’ufos nazis qui remettent en cause
le mystère de l’incarnation

28.
nous entrons mes camarades et moi unis
dans le temple saint et vieux comme hérode
sans qu’on s’en doute le christ panthokrator
nous regarde en disparaissant dans le mazout
à la verticale de la vie merveilleuse
il nous regarde, son regard
et disparaît
nous disparaissons
infimes

29.
atro-logie dans l’hémisphère
raye
les freux d’acier, les femelles ouvertes
pleure ma drogue la quille le pif alzheimer
pleutre comme une couleuvre
avale !

lundi 10 novembre 2008

à lire

La lettre de la Magdeleine (31 octobre 2008) de Ronald Klapka célèbre la publication de Jamais ne dors de Pascal Boulanger aux éditions le corridor bleu. Lettre disponible par mel sur simple demande.

à lire

La revue VIENT DE PARAITRE n°33 d'octobre 2008 consacre un article au Verre de l'eau et autres poèmes de Laurent Albarracin publié par le corridor bleu (pp.38-39).

lundi 27 octobre 2008

la vie merveilleuse de julien cocquerel 2

10.
le désir rend-il pâle la raideur du chevalier ?
c’est la fébrilité qui le saisit
quand il attrape la soubrette
effroyable, le plus grand des sentiments


11.
Casshern (2004)
Directed by Kazuaki Kiriya. With Yusuke Iseya, Kumiko Aso, Akira Terao. Live- action sci-fi movie based on a 1973 Japanese animé of the same name…

12.
verse la haine de ton cœur, c’est le miel noir
que boit la cité rouge
elle dort et je tremble
elle tremble, je ne dors pas
le sexe doit à la violence ou l’inverse ?
qui est digne de la vérité ?
pas elle, pas toi

13.
Calvaire (2004)
Directed by Fabrice Du Welz. With Laurent Lucas, Brigitte Lahaie, Gigi Coursigny . A singer's car breaks down deep in the woods.

14.
en progressant dans la choucroute bleue qui n’a pas de limites (et nous le saisissons)
il n’est pas absurde de créer des dieux et des monstres affamés
pour se diriger
celui qui ne le fait pas
risque de ne rien voir
de sombrer sans aucun intérêt dans le rien vide de tout
et les dieux sont dans le crâne de mon père, du sien, ad libitum
dans les synapses, dans la terre, dans le foutre, ils sont là
radieux quel que soit l’odeur des draps
ils sont là vieux et tigres, excitent l’âme, multiplient

15.
le calvaire de monica

16.
Ex Drummer (2007)
Directed by Koen Mortier. With Dries Van Hegen, Norman Baert, Gunter Lamoot. Three handicapped losers who form a band ask famous writer Dries to be their…

17.
dans les bois les porcs
ta lie, le sang vermillon et fluide
un monochrome ou un regret ?
heureusement il y a glenn gould
c’est la consolation d’une journée sans sexe
pénétrer dans le monochrome, la choucroute bleue et ses dauphins
je suis armé et les armes coulent
je ricane et les armes brillent
le rostre de l’espadon, la douleur est moins que la peur
tu es si belle dans ta nouvelle photo de profil

18.
Dispositifs/Dislocations propose une poétique du collage à travers différentes manifestations historiques et génériques : arts plastiques (Picasso, Rodtchenko, Jasper Johns), littérature (Denis Roche, Manuel Joseph), musique (Oval, Negativland). Olivier Quintyn reconceptualise cette notion en la décrivant comme un dispositif destiné à dramatiser des expériences de désunion entre des logiques symboliques de représentation du monde.
Retravaillant certains concepts de l’esthétique analytique de Nelson Goodman et de l’épistémologie de Paul Feyerabend, il fabrique une petite grammaire des opérations collagistes articulant divers types de fonctionnements pragmatiques. Il développe enfin une réflexion sur leur portée sociale, dans le cadre d’une critique philosophique de la culture (Theodor Adorno, Walter Benjamin). Le but de ce livre est de donner une consistance théorique à des pratiques dénaturalisant les formes de croyance et de savoir collectif par des tactiques de dislocation épistémocritique.

19.
épistémocritique

20.
descendre à 30 m. est une aventure, puis 40, ad lib.
qu’est-ce que je fais là ? qu’est-ce que j’ai oublié là-haut ?
un bon coca-cola et une douche chaude
la couleur rouge dans le monde entier
au détour d’une ruine doit rappeler
le bon goût du coca-cola comme les déesses
antiques pouvait sauver dans les bas-fonds de calcutta
oui je l’ai oublié et il faut accepter la pression sur son corps
c’est la vie merveilleuse, une question d’habitude
le grand secret c’est les ET les ufo nazis
les dieux dansent dans mon sang qui peut percer mon cœur
si je descend trop le long du câble
une couronne de douze étoiles
le rayon du supermarché
(provoque)
nous faisons de la poésie dominicale
champêtre, très en deçà, très
toujours à la traîne
il faut se détacher de l’idée de performance car cela fait faire des bêtises
pourras-tu remonter ? y aller ne suffit pas

21.
le mage jaune émet ses desseins machiavéliques
pour les antennes de son casque
sa cruauté est infinie
le suicide est une belle mort

jeudi 16 octobre 2008

nouvelle parution des éditions le corridor bleu



le livre
Jamais ne dors marque une rupture formelle dans l’œuvre de Pascal Boulanger. Si ses précédents recueils (notamment Martingale, Tacite, L’Émotion l’émeute et Jongleur) travaillaient le vers libre et le poème en prose, Jamais ne dors, en refusant la rétention du sens et des sensations, prend appui sur le vers ample et le verset claudélien.
Faut-il rappeler que le verset tire son origine de la Bible et… de la correspondance amoureuse? Puisqu’il s’agit, avant tout, dans Jamais ne dors de faire dialoguer les passions humaines et de désigner – sans emphase mais dans la revendication d’un «haut-lyrisme» - l’amour sous toutes ses formes, eros, philia et agapè doivent se mêler dans le poème.
Jamais ne dors ne décèle par ailleurs aucune recherche de transcendance, aucun éloge d’un ailleurs ou d’un hors-temps plus vrai que nos contingences. Les versets s’enchaînent et génèrent leur conséquence, sans jugement préalable ou remords extérieur. Il s’agit d’examiner le lieu (notre théâtre) où s’interpénètrent les sphères de l’intime et de l’Histoire.

l’auteur
Pascal Boulanger, né en 1957, vit et travaille à Montreuil. Parallèlement à son travail d’écriture, il cherche depuis une vingtaine d’années, à interroger autrement et à resituer historiquement le champ poétique contemporain qui, pour lui, passe par la prose. Marqué par la poésie rimbaldienne et le verset claudélien, il a donné de nombreuses rubriques à des revues telles que Action poétique, Artpress, Le cahier critique de poésie, Europe, Formes poétiques contemporaines et La Polygraphe. Il a été responsable de la collection Le corps certain aux éditions Comp’Act. Il participe à des lectures, des débats et des conférences en France et à l’étranger.
Il a publié des poèmes dans les revues : Action poétique, Le Nouveau Recueil, Petite, Po&sie, Rehauts…
Ouvrages publiés : Septembre, déjà (Europe-poésie, 1991), Martingale (Flammarion, 1995), Une action poétique de 1950 à aujourd’hui (Flammarion, 1998), Le Bel aujourd’hui (Tarabuste, 1999), Tacite (Flammarion, 2001), Le Corps certain (Comp’Act, 2001), L’Émotion l’émeute (Tarabuste, 2002), Jongleur (Comp’Act, 2005), Les horribles travailleurs, in Suspendu au récit, la question du nihilisme (Comp’Act, 2006), Fusées & paperoles (L’Act mem, 2008).

ISBN : 2-978-2-914033-26-8 / 96 p. / 12 x 18,5 cm. / 13 € / port : 2 €

acheter le livre sur le site du corridor bleu

ou par correspondance:
règlement à l'ordre du corridor bleu 185, rue gaulthier de rumillly 80000 amiens

à lire:
un article de nathalie riera sur son blog les carnets d'eucharis

lundi 13 octobre 2008

requin chagrin

ici

la vie merveilleuse de julien cocquerel

1.
je suis malheureux
non, épuisé
mon eau est croupie
il y a des blocages
de la fraîche me ferait du bien
pas de l’alcool en quantité
mais il n’y a que ça
(ou je ne veux que ça)
j’arrache les toiles d’araignées
avec une bouteille vide
je me remémore des visages de femmes
les corps, la courbe des fesses et
les hanches
c’est l’unique beauté que me
recréent mes cuites
c’est l’unique beauté de ma vie
je pense qu’elle va au-delà de tout
ce que vous pouvez penser
car la vie est la beauté, la souffrance,
les couinements de porc, le christ en rut,
les pleurs de sa mère, ma gloire, les chattes fumantes

2.
le compte en banque et les goûts personnels
reposent sur des bases si fragiles
qu’on finit par leur donner de l’importance
qui veut se retrouver nu sur la place du marché
et donner ses biens aux prostitués lourdement maquillées ?
qui veut aimer les bêtes comme on aime une chose ?
il n’y a rien de plus beau qu’un homme qui paye
une crève-la-faim du tiers-monde pour se faire pomper
là est la beauté entière
nous ne recherchons que cela
alors oui traverse les mondes, celui des fantômes affamés et
celui des femelles (qui s’offrent nues au regard
des hommes), traverse et reviens si tu veux
qu’auras-tu fait sinon connu la précipitation et espéré
l’éveil, si les pierres te plaisent, il faut les manger, les sucer
les broyer si la douleur est dans le crâne, c’est que nous
sommes loin de la sainteté, très loin car le saint
jamais ne souffre même paralysé, martyrisé, humilié, roué
jamais ne souffre
en lui infuse ce qui est
jamais ne doute
jamais ne veut
jamais ne cherche

3.
tu sais peut-être que les gens de peu ont la foi simple du cordonnier
et qu’ils adorent plus que tout la vierge marie
qui console les cœurs meurtris
leur misère, si longue et si chiante, pour l’écouter
qui sera là ?
nous aussi souhaitons la misère de ceux qui font souffrir
nous ne voulons pas leur ouvrir nos lits, l’envers de nos tiroirs
et les grains de poussière, papiers, trombones, briquet, souvenirs
qui y traînent ni leur donner du bon vin, de la bonne bouffe
nous aimons penser qu’ils échapperont toujours à notre colère
et que c’est ça qui les rend vraiment irrécupérables
imagine que c’est un tas de merde et que chaque jour
nous devons les enduire de notre bave de gentillesse et d’attention
(récoltée par des nymphes chaudes)
avec un pinceau voire nos cheveux s’ils sont suffisamment longs
c’est l’objet de tout notre être, de tout notre temps, de toute notre vie
et je comprends toujours pas grand chose à tout cela
mais si, au fond, on pouvait raconter la première prise de lsd
le premier sexe crade, l'œil torve d’un poisson tué gratuitement
tout serait plus simple

4.
aujourd’hui j’ai rangé mon intérieur, il y avait pas mal de choses
et pas que des objets, des animaux beaucoup, des déchets
j’aimerai bien tout perdre mais c’est trop facile, trop prévisible
ma mémoire fonctionne comme une étagère et l’amour des bêtes
me montre pourtant que c’est stupide

5.
un regard un peu plus humide, oui
une chute de reins trop marquée, c’est tout
là voilà pour hanter le champ de mon esprit
qui dira le contraire, qui connaît plus beau, terrible
et l’amour ne saurait souffrir pareille errance
les petites perdrix, les clefs rouillées, la voix nasillarde
ulysse (et les siens) n’est pas mieux que moi, je l’aide
à ne pas trop souffrir quand les voiles se dégonflent
la plaine aux couleurs de dévastation, où s’est enfuie la vie ?
quand je vole au-dessus pourquoi aurai-je peur ? la gorge se plaque
il est impossible de ne pas s’étouffer et pourtant je suis le roi
merveilleux de ce pays mort que j’aime tant, aux mille caprices
dont celui de ma vie, mon souffle, la paix, pacotille !

6.
le cauchemar, la boue de caféine et de chien mouillé
au seuil des joies que je partage avec les piafs connards
je l’aime
et ma chair jamais ne touche
mon esprit jamais ne trouble
oui c’est vrai
chloë prenait beaucoup de cachets pour atteindre l’éveil ou
la libération je ne sais
vraiment beaucoup et parfois pétait les plombs, à poil dans les
rues de paris à hurler après moi, les ténèbres, les requins, c’est égal
lola se faisait sauter par tout ce qui passait pour découvrir l’âme humaine
vraiment tout et parfois pleurait
« tu ne m’aimes pas tu ne m’aimes que pour le sexe, baby
je t’aime you know toi tu as des limites »
ce n’est pas cette nuit-là que j’ai découvert l’infini
mais

7.
le roi je l’ai aimé, ses armées suivi
les animaux de compagnie également
mon énergie, ma joie, mes affects, idem !
et ce qui reste, non, ce qui se dresse
est extraordinaire, digne du yéti, des temps
glorieux, de rome, de la crémière que tout le village
oui ! un jour viendra pour la sainteté
vous qui souffrez, qui sentez le malheur sale
le jour viendra, cela fait partie de ma beauté

8.
plus que tout, plus que tout quoi ? aux yeux des autres
dans le for intérieur de sa propre guerre, qu’est-ce qui vaut plus que tout
on s’échoue plus ou moins lamentablement
le lièvre élastique et électrique, les filles humides, les vieux qui sentent
pas bon, les chicots, les verrues, l’haleine de bière, les yeux rouges
la grand-mère qui pisse en jet dans le seau que sa fille lui tend
l’une des personnes de la trinité chez les orthodoxes s’élève à un moment précis
de la messe, vers quoi, on ne sait pas trop, tout cela reste mystérieux
alors oui, je crois que sale-pute-sainte-et-apostolique s’avance sur le parvis
car la vue de matax-ratatax-atarax l’incommode :
- petite saleté, tu évites les questions, ça ne peut plus durer
- je te promets que non, je ne puis faire autrement, évite-moi alors
- ça ne marche pas comme ça
- ce sera donc la guerre
- soit
- jusqu’à ce que la désolation nous soit joyeuse
- pfffff
- pauvre fille
- bouffe tes morts
- même pas en rêve
- soit

9.
des pâtes et un steak surgelé, de la bière locale
comment m’aimes-tu
il y a une haie de corps de femme et leur réalité est un comme un tourment
il est difficile de comprendre pourquoi leur corps présente une résistance
de corps, on ne le traverse pas si vous préférez
la fille la plus salope que tu as baisée
difficile à dire, ses yeux, sa démarche, tout le métro se retourne
comme des chiens, les clodos lui disent des trucs obscènes voire
se branlent direct

lundi 6 octobre 2008

nouveauté

Les éditions électroniques Publie.net,

créées par François Bon,

présentent

la collection L’inadvertance,

dirigée par François Rannou et Mathieu Brosseau


Nous souhaitons qu’au moment où les maisons d’édition de poésie et de littérature ont de plus en plus de mal à exister sous forme «papier», puisse se créer ici un espace pour les poètes qui soit un lieu de création, de réflexion, d’essais, d’expérimentations (et de collaborations aussi avec des plasticiens ou musiciens par exemple). Y seront publiés : livres inédits, livres anciens introuvables (par exemple lorsque l’éditeur a disparu), essais, réflexions… Ce sera la collection l’inadvertance.

Les ouvrages déjà parus :

L’inadvertance, de François Rannou

Aujourd’hui de nouveau, de Jean-Luc Steinmetz

Couleurre, de Patrick Beurard-Valdoye

ABC d’R, d’Alain Hélissen

Envie de rien, de Vannina Maestri


Lien vers la collection l’inadvertance

mercredi 1 octobre 2008

à lire

Une étape dans la clairière n°19, revue électronique animée par Nathalie Riera, disponible par mel.
Il y est question, entre autres car il y a beaucoup de choses très intéressantes, de Pascal Boulanger dont le prochain livre est à paraître aux éditions le corridor bleu.
Nathalie Riera anime également le site les carnets d'eucharis.

mercredi 24 septembre 2008

épopée

Je pense que le roman est à bout de course… Mais le conte, l’histoire ne sont pas près de disparaître…et je crois que l’épopée retrouvera sa place chez nous. Je crois qu’un jour le poète sera à nouveau le créateur, le faiseur au sens antique. J’entends celui qui dit une histoire et qui chante.
Jorge Luis Borges, L’Art de la Poésie

lundi 8 septembre 2008

Gilbert Bourson : le lierre, la foudre… par Pascal Boulanger.


Où sommes-nous, sur quelle scène, dans quelle reprise et dans quelle outrance? Quel univers de profusion se déploie sous nos yeux, quel Congrès, autrement dit, quelle union / désunion de la langue amoureuse, quelle rencontre possible / impossible avec le monde se lancent sur la page?

L’écrivain comme l’amoureux, impatiente ses doigts sur l’agrafe d’une description: celle de son désir écrit Gilbert Bourson. Et en effet, à condition de surmonter le nihil du nihilisme, tout fait monde.

D’ailleurs, les vieilles coulisses du théâtre du monde peuvent bien rester les mêmes, il suffit alors de se réveiller de la comédie humaine et de son mortel ennui pour que l’existence, penchée sur le signe, ne soit plus saturée et close. Il suffit de s’arracher au destin tel qu’il s’impose et cette sortie s’inaugure à partir de l’autre – le visage de l’autre – visible et invisible sous son voile ou son masque.

L’écriture baroque de Gilbert Bourson résonne dans les profondeurs musicales des choses vues, dans leurs incessantes métamorphoses et ce qui se donne à entendre, à travers élégies et lieds, ce sont d’abord de grandes singularités qui, dans l’actualité présente, font toujours corps: Homère, Properce, Catulle, Hölderlin, Rimbaud, Mallarmé… une foule de poètes pour qui le texte, tendu et intemporel, fait bruire le lierre et la foudre.

La poésie de Bourson passe aussi par l’expérience – la suspend et l’éclaire – surtout quand elle refuse, comme ici, toute concession au langage de la tribu. Elle est la combinaison d’une forme et tout autant l’invention d’un sujet lié au monde, lié à l’assaut continuel des couleurs et des sonorités du monde. Il faut – horrible travailleur – montrer ce quelque chose qui fond sur le cœur, le comble, se retire, en passer par la main et par l’oreille pour former une cène, concrète et solennelle, où l’on se perçoit autre, comme sollicité et pensé par les événements mêmes et par le surgissement épiphanique du temps.

Le signe – Gilbert Bourson a été responsable, avec Francine Bourson, de la Compagnie théâtrale Le groupe Signes, adaptant et traduisant pour la scène de nombreux textes, ceux notamment de Sénèque, Dante, Jarry, Lautréamont, Flaubert – le signe donc s’ordonne en syntaxe, se déplie en musique, en sonnets et en sonates. Il est un antidote à l’éclipse de la pensée et de la beauté dont les volutes chatoyantes, qui sont de l’esprit et du sang, habitent la page.

Ces pages, hors-jeu et dans le secret du jeu, cet écrivain insaisissable et inapaisable, les conçoit et les travaille depuis des années. Elles excèdent les conventions poétiques et romanesques dans l’outrance du désir et la violence d’une écriture qui ne peut se satisfaire du réalisme et de ses variantes. Souveraines, elles plongent dans un ciel étoilé et on mesure enfin aujourd’hui l’éclat d’une posture rare qui, en marge du pacte social, médite le jaillissement du poème et le passage d’un monde muet et idolâtre à un monde qui parle quand le sensible prend l’oreille ou le regard (Merleau-Ponty).

Gilbert Bourson, Congrès
Imp Act
d'ici & ailleurs
54, rue de Ronquerolles
95620 Parmain
01 34 73 29 75
impact.dicietailleurs@tele2.fr

vendredi 29 août 2008

3 poèmes de julien cocquerel

1.
la tristesse contient sa part de vacuité, elle résulte de mon orgueil également
elle est mon attachement
à toi
ta présence
incomparable qui fait tout l’instant
je dis bien tout l’instant
ce qui est considérable
te voir venir
avancer
dans la présence
de nos moments
es-tu aussi sensible, délicate que tu le prétends
sais-tu la rage, la colère rentrée
la tristesse que tu provoques
quand nous sortons de la joie pure
la falaise plonge dans la mer
la vague déroule, grasse, parfaitement à gauche
sa crête d’écume, la lèvre percute l’eau
en un remous impressionnant
être à ce moment-là dans la zone d’impact présente un risque
réel de noyade, groggy d’abord, projeté vers le fond
la tête heurte le corail, une pierre
cela se joue à peu
d’ordinaire on remonte le plus vite possible
pour affronter l’autre vague qui se creuse avant
de se fracasser sur nous
et ainsi de suite jusqu’au calme relatif où l’on
mettra pas mal d’énergie pour se tirer de cette sale affaire

2.
voir le dos gras des prédateurs se tordre sous moi
fureter comme eux à la recherche des proies
être un prédateur
tendre l’arbalète le doigt sur la gâchette
se couler près d’eux, les attendre accrocher
aux pierres du fond
cette salope de carangue en un coup de nageoire
se fout hors de portée
d’un coup de queue
disparaît
dans le petit canyon
la clairière immense et sombre où l’on ne voit plus ce qui peut venir
seule au fond de la clairière immense
la carangue s’en est allée
je me retourne et vois
avec ma cage thoracique comprimée
la surface comme un souvenir vital
et s’il venait ?

3.
sais-tu ma tristesse
ce soir
le ponton, les constellations nouvelles
le muret, les arbres fraîchement taillés
n’y pourront rien changer
il y a la joie pure de ton sourire
de ta seule présence
et si cela se dérobe à moi
quelle tristesse en découlera
tu ne peux rien en savoir non ?
je ne le souhaite pas
ta seule beauté qui accélère le rythme cardiaque

mercredi 20 août 2008

nou

Soyons unis, devenons frères

Hymne de la Nouvelle-Calédonie

- version longue -


Couplet 1.
Ô Terre sacrée de nos ancêtres,
Lumière éclairant nos vies,
Tu les invite à nous transmettre
Leurs rêves, leurs espoirs, leurs envies.
À l’abri des pins colonnaires,
À l’ombre des flamboyants,
Dans les vallées de tes rivières,
Leur cœur toujours est présent.

Refrain 1.
Hnoresaluso ke-j onome
Ha deko ikuja ne enetho
Hue netitonelo kébo kaagu
Ri nodedrane

Refrain 2.
Soyons unis, devenons frères,
Plus de violence ni de guerres.
Marchons confiants et solidaires
Pour notre pays.

Couplet 2.
Terre de parole et de partage
Tu proposes à l’étranger,
Dans la tribu ou le village,
Un endroit pour se reposer.
Tu veux loger la tolérance,
L’équité et le respect,
Au creux de tes bras immenses,
Ô Terre de liberté.

Refrain 1.
Hnoresaluso ke-j onome
Ha deko ikuja ne enetho
Hue netitonelo kébo kaagu
Ri nodedrane

Refrain 2.
Soyons unis, devenons frères,
Plus de violence ni de guerres.
Marchons confiants et solidaires
Pour notre pays.

Couplet 3.
Ô Terre aux multiples vissages
Nord, Sud, Îles Loyauté,
Tes trois provinces sont l’image
De ta grande diversité.
Nous tes enfants, tu nous rassembles,
Tempérant nos souvenirs.
D’une seule voix, chantons ensemble :
Terre, tu es notre avenir.

Refrain 1.
Hnoresaluso ke-j onome
Ha deko ikuja ne enetho
Hue netitonelo kébo kaagu
Ri nodedrane

Refrain 2.
Soyons unis, devenons frères,
Plus de violence ni de guerres.
Marchons confiants et solidaires
Pour notre pays.

à lire

Un article de Laurent Grisel (site remue) au sujet de l'étonnant ouvrage de poésie Le Héros d'Hélène Sanguinetti.

lundi 18 août 2008

à écouter

Le travail du poète sonore Yves Justamante sur sa page myspace. On y trouve également une vidéo de répétition. Yves Justamante fait intégralement partie du projet mystique et épique qu'est RE-PON-NOU.

lundi 11 août 2008

à paraître au corridor bleu



Pascal Boulanger

Jamais ne dors




le livre
Jamais ne dors marque une rupture formelle dans l’œuvre de Pascal Boulanger. Si ses précédents recueils (notamment Martingale, Tacite, L’Émotion l’émeute et Jongleur) travaillaient le vers libre et le poème en prose, Jamais ne dors, en refusant la rétention du sens et des sensations, prend appui sur le vers ample et le verset claudélien.
Faut-il rappeler que le verset tire son origine de la Bible et… de la correspondance amoureuse? Puisqu’il s’agit, avant tout, dans Jamais ne dors de faire dialoguer les passions humaines et de désigner – sans emphase mais dans la revendication d’un «haut-lyrisme» - l’amour sous toutes ses formes, eros, philia et agapè doivent se mêler dans le poème.
Jamais ne dors ne décèle par ailleurs aucune recherche de transcendance, aucun éloge d’un ailleurs ou d’un hors-temps plus vrai que nos contingences. Les versets s’enchaînent et génèrent leur conséquence, sans jugement préalable ou remords extérieur. Il s’agit d’examiner le lieu (notre théâtre) où s’interpénètrent les sphères de l’intime et de l’Histoire.

l’auteur
Pascal Boulanger, né en 1957, vit et travaille à Montreuil. Parallèlement à son travail d’écriture, il cherche depuis une vingtaine d’années, à interroger autrement et à resituer historiquement le champ poétique contemporain qui, pour lui, passe par la prose. Marqué par la poésie rimbaldienne et le verset claudélien, il a donné de nombreuses rubriques à des revues telles que Action poétique, Artpress, Le cahier critique de poésie, Europe, Formes poétiques contemporaines et La Polygraphe. Il a été responsable de la collection Le corps certain aux éditions Comp’Act. Il participe à des lectures, des débats et des conférences en France et à l’étranger.
Il a publié des poèmes dans les revues : Action poétique, Le Nouveau Recueil, Petite, Po&sie, Rehauts…
Ouvrages publiés : Septembre, déjà (Europe-poésie, 1991), Martingale (Flammarion, 1995), Une action poétique de 1950 à aujourd’hui (Flammarion, 1998), Le Bel aujourd’hui (Tarabuste, 1999), Tacite (Flammarion, 2001), Le Corps certain (Comp’Act, 2001), L’Émotion l’émeute (Tarabuste, 2002), Jongleur (Comp’Act, 2005), Les horribles travailleurs, in Suspendu au récit, la question du nihilisme (Comp’Act, 2006), Fusées & paperoles (L’Act mem, 2008).


parution : hiver 2008 / ISBN : 2-978-2-914033-26-8 / 96 p. / 12 x 18,5 cm. / 13 € / Port : 2 €
chèque à l’ordre du corridor bleu 185, rue Gaulthier de Rumilly 80000 Amiens
ou pré-achat en ligne avec paypal sur le site du corridor bleu

lundi 4 août 2008

un texte de nathalie riera

Je suis l’amour dans la poussière des routes, mon esprit n’a que lavandes et embruns pour sentiers.
Je suis l’amour comme vous. Vous savez, lorsque l’on se choisit pour se dire ce que nous n’avons encore dit à personne.
Vous savez que je suis l’amour comme vous, alors pourquoi le fer et le fiel ?




Je suis l’amour dans les ombrages d’un figuier, où fleurissent les mots, et je ne veux pas de vos fruits avariés, même si vous n’entendez rien de ce que je vous dis, je ne veux rien de tout cela qui nous dévaste : les champignons pillards et les fleurs du soleil noir.
Nous sommes l’amour irréparable.




J’ai mis à mes jambes des vieux bas tricotés de tiges et d’épines, et à mes pieds des chaussures à talons de pierre pointue.
Je suis l’amour qui ne vous aime pas.
Pas de serpent à nourrir dans mon sein.




Nous sommes l’amour inhérent.
Je me rafraîchis aux ombres claires, à l’eau du coeur, à la fraîcheur de l’alliance.
Avec toi, rive. D’où l’on peut encore s’inventer l’amour du prochain, le jaune du citron, le hâle des seins et des reins, l’espoir et ses motifs de pampres.
Ma rive inhérente, où le poème est encore de la brume sur la cime. Et c’est très bien.

lundi 30 juin 2008

un texte de mathieu brosseau

puisque toute langue doit être dite, comprise ou prise au dehors, saisie par l’abandon, par ce R tremblant jusqu’à l’os, reliquat de la matière indivisible.

puisque toute langue doit être dite par inter S sifflant les postures et variant les axiomes en autant de plaisirs.

puisque tout vigile est un chien, fortifiant les parures et les reports………. par tous les gestes réarmant qui se respectent : le T du trésor gardé.

puisque toute langue est dite quand le tic de l’horloge fait tac, quand le joint de l’œil et de l’oreille fait O. Argh ! La seule précision est celle du tir, les mots ont tous les sens du corps qui pose : FEU !

puisque la fiction est fusion dans l’emboîtement des signes cachés, alors pardonnez-moi mais je dois sortir chercher quelques silences à refroidir pour me fourrer des trous supplémentaires dans le gosier. Je reviendrai quand j’aurai des ailes, l’œil au dessus des manières et de la cendre brûlante plein la bouche.

puisque la langue ne se tait pas, si elle taisait je serais extérieur. Contre la chambre, le placard abrite des bruits de nature passive et mes mains les commentent en leur creux. Etranger à cet instant précis je suis.

puisque toute langue doit être dite pour repousser l’envahisseur hors de soi et puisqu’il faut tracer la frontière tout autour du puits que nous sommes… puisqu’il faut exister pour son domaine, alors vous m’excuserez mais il me faut aller forer le trou d’à côté ::: l’insoupçonné dehors vertical. Il y a là-bas tout un tas d’histoires qui ne se racontent pas.

lundi 23 juin 2008

qui vive de christophe manon 3

L’océan. Le ressac des vagues sur la grève.
L’écume en rythme irrégulier caresse les rochers.
Les bruits du monde viennent mourir sur ce rivage battu
par un vent légèrement iodé et chargé d’humidité.
Le soleil trône majestueux dans un ciel qu’aucun nuage
ne trouble et pose des reflets argentés sur l’étendue liquide.
Dans les colonnes d’air chaud qui montent de la surface de l’eau
les oiseaux planent en larges spirales ascensionnelles.

Ses longs cheveux noirs fouettés par le vent
frôlent tes lèvres, camarade. C’est une caresse
très belle et très douce. Son regard se perd
sur l’immensité de la mer. Tu observes
avec avidité son visage fin aux yeux sombres
et profonds, légèrement en forme d’amandes,
qui lui donnent un petit air asiatique. Tu l’observes
intensément. Aussi intensément que possible.

La mort rôde entre vous, indistincte et sournoise,
sans savoir encore quelle forme adopter ni lequel
de vous deux frapper en premier lieu. Tu voudrais
imprimer à tout jamais cette image dans ton esprit,
camarade. Faire une photo, à cet instant précis,
serait mal venu, une faute de mauvais goût.
C’est cependant ce qu’il te faudrait car tu ne fais
aucune confiance en ta mémoire toujours défaillante
et tu redoutes que disparaisse à jamais
le souvenir de cette précieuse minute.

Elle n’ignore pas combien tu l’aimes, camarade, combien
tu penses à elle dans tes nuits d’errance à travers les rues
délabrées des cités, combien tu rêves d’elle dans tes rares
moments de repos. Elle n’ignore pas que tu ne veux rien
oublier des instants qui vous ont réunis, que tu ne veux rien
perdre de ses baisers, de ses caresses, de son rire
moqueur, ni de ses longs silences qui te plongeaient
dans un profond désarroi. Votre histoire fut brève et violente
et vous vous êtes déchirés avec une sauvagerie de bêtes
féroces et cependant votre amour demeure infini et éternel.

Mais elle : tout à fait en dehors et ailleurs, lointaine,
sur le départ déjà, elle observe le ressac des vagues
avec la majesté distante des carnivores
qui semblent s’absenter soudain dans une méditation
douloureuse et immobile. Tu voudrais dire quelque chose,
camarade, lui adresser des paroles réconfortantes,
ébaucher un sourire, mais rien ne. Non rien.
Ton esprit est aussi vide que le ciel sans nuage. Aussi vide que.
Vous demeurez murés l’un et l’autre dans votre solitude.
Elle surtout. Surtout elle.
Seul le clapotis de l’eau sur les galets dresse un pont
invisible entre vous. Lien ténu qui s’effrite peu à peu.
Pourtant, une immense vague d’amour te submerge
à l’instant où le soleil disparaît derrière l’horizon.

Ses yeux ont embrasé ton cœur, camarade,
et toujours il battra au rythme de ses cils comme
lorsque dans vos étreintes tendrement furieuses ton regard
se noyait dans le sien. Tu sais maintenant qu’il n’y a pas
d’amour sans peines et que le bonheur a la saveur
brûlante de ses lèvres posées sur les tiennes.
Tu sais maintenant que votre amour est impossible
et qu’il n’en restera que des éclats de douleur
qui ne cesseront de t’infliger de nouvelles blessures, même
lorsque le temps aura cessé et que son souvenir ne sera plus
qu’une vieille image racornie et jaunie,
à peine lisible. Un simple mirage. Un reflet.
Alors l’absence pèsera, douloureuse et grise.
Tu le sais. Tu ne la reverra plus, camarade, et jamais plus
vos lèvres ne s’uniront. Jamais plus vos corps ne passeront
l’un sur l’autre. Jamais plus sa main ne cherchera
la tienne ni son regard ne croisera le tien.
Jamais plus vous ne. Plus jamais.
Tu as maintenant l’impression d’être infiniment ancien,
inhumainement vieux, parvenu au bord extrême de la vie,
et dans ce moment de profonde détresse savoir
qu’elle existe ne t’aide pas à trouver le monde moins laid.

Ton cœur est un tambour sans maître, camarade.
Ton cœur est un vaste cimetière, un espace de décombres
et de ruines où des ombres fantomatiques errent
en silence dans le silence. Alors te revient à l’esprit
le temps lointain où la guerre civile et le souffle
de la révolution mondiale n’avaient pas encore élevé
ce mur invisible et pourtant infranchissable entre
vos deux corps. Puis tout s’affaisse à nouveau
dans le présent très sombre.

[…]

mardi 17 juin 2008

à écouter

L'émission du jour au lendemain d'alain veinstein sur france-culture reçoit pascal boulanger vendredi 20 juin à 23h30 pour son livre fusées & paperoles.

samedi 14 juin 2008

à lire

Mathieu Brosseau publie la suite de ma dernière épopée sur son site plexus. Merci à lui.

mercredi 11 juin 2008

quart dans la nuit d'agnès gueuret

L’immensité des eaux l’immensité des cieux conversent l’une et l’autre à la clarté lunaire sous le regard du timonier qui tient la barre en connaisseur des vents et des courants marins. Est-ce en un livre étudié lu qu’il a compris par quel sentier au cœur des mers on peut passer sans se tromper d’orientation sans redouter de se perdre jamais sous les constellations?

Elle n’est ni marin ni mathématicien Sur aucun bâtiment jamais ne navigua Chez un ami un jour elle aperçut un livre intitulé «Se diriger en mer» avec auprès de lui d’autres titres semblables Chez son libraire aussi des ouvrages traitaient le même thème là encore innombrables Soudainement pourquoi son cœur s’est-il serré?

La mer immense et bleue se reflète en ses rêves sur la falaise blanche amarrée au soleil plantée qu’elle est sur une plage aux galets ronds La mer qui l’habite et la hante où donc l’a-t-elle appris? Dans un livre écrit d’encre où lettres et calculs retiennent l’attention guidant l’apprentissage?

Sous les constellations la barre entre les mains le timonier entend la proue fendre les eaux Le vent draine vers lui le goût iodé du souffle qui gonfle la voilure en l’imprégnant de sel Comme au sein du désert le silence et le puits jusqu’au déclin du jour poursuivent le nomade l’immensité des eaux l’immensité des cieux conversent l’une et l’autre au plus profond de lui signe laissant entendre voir où gît la connaissance

Les rayons diffusés par la lampe ce soir éclairent le feuillet où elle écrit laissant dans l’ombre l’ailleurs du monde Comme l’abeille va choisissant chaque fleur à son pollen à sa couleur à son parfum elle avait dû choisir aussi ses chemins de lecture laissant dans l’ombre ici et là tel sol fertile tel sentier de la mer telle piste de sable D’où lui vient la douleur de tant d’inconnaissance? D’où lui vient la douceur d’être en un lieu plantée et d’avoir pu au cœur des vents faire son miel?

mardi 3 juin 2008

réponse de louis-françois delisse à antoine brea

À cet Antoine Brea, blog et blagueur, disciple du commissaire de police Jean Rousselot, ni salut ni fraternité ! Non, je ne fus pas envoyé enchaîné ou sous l’uniforme, faire le coup de feu à Tataouine, ces années dans la case suffocante de l’I.F.A.N. de Niamey, sans polycopieuse pour reproduire le texte tamasheq, je recopiais ces poésies amoureuses des Touaregs du Hoggar, à 2000 km au nord du Niger. Si le seul auteur de ces traductions fut le P. de Foucauld, de 1905 à 1917, la seule édition en est, à ce jour, peut-être encore conservée aussi à l’université d’Alger (René Basset, imprimerie Carbonnel, Alger, 1925-30). Des citations de ces 2 volumes, congrues, ont paru dans Le Trésor de la poésie universelle, de Roger Caillois et Jean-Clarence Lambert (Gallimard, 1958, pp. 481-482), larges dans Chants touaregs, 200 poésies retenues par Dominique Casajus, pour leur historicité et leur ton épique (200 sur 570 notées par l’ermite du Sahara dont il confirme l’étonnante conversion à la poésie) (Albin Michel, 1997, reproduction du texte tamasheq, traduction et notes du P. de Foucauld).
Mon choix avait été de ne reproduire que la poésie lyrique et courtoise touarègue, aussi n’avons-nous donné les mêmes auteurs qu’une petite dizaine de fois, lui en 1997, moi en 1962 où ma copie complète était de 282 poésies, y compris de l’Aïr.
Mais cet Antoine Brea a lu mes Notes d’Hôtel et autres entretiens ? Et, tel Jean Rousselot dont Char dénonçait ses Vies de Nerval, Baudelaire, Verlaine « composées sur les plus infects rapports de police », tient à me peindre braqueur en France, marchand en Afrique, pauvre de moi ! Instituteur en contrat local 21 ans, voilà qui je fus, et j’y fondais ma famille. Je révélais l’architecture des Haoussas, et donnais encore des conférences à Zinder et Zaria sur les littératures orales et écrites de l’Afrique noire. Mais quand l’Unesco demanda mon détachement comme professeur de ces littératures, d’autres Brea, du BLACT, sans blague, Bureau de Liaison des Agents Culturels et Techniques, inventèrent que j’avais passé mes années 50-70 aux côtés de Fidel Castro et Ho Chi Minh ! Non, je n’ai été ni un pillard, ni un pirate. Un peu clandestinement syndicaliste.
Le talent de ces poètes et poétesses touaregs leur appartient, je les ai chacun nommés du nom complet (fils de, fille de) et daté selon Charles de Foucauld. Aucune de ces poésies n’a été attribuée de Louis à François Delisse, tout mon travail n’a été en Afrique que négatif, j’ai attiré l’attention au contraire sur le génie de ces poètes. Et aussi des artistes noirs, j’ai nommé les grands architectes haoussa : Malam Dandibi, Malam Illoua ; et souhaité que les arts nègres soient tirés de leur anonymat baoulé ou mandingue, il y eut là aussi une culture et des artistes pour la créer.


droit de réponse d'antoine brea

lundi 2 juin 2008

à lire


Comment le sujet lyrique peut-il chanter l’avènement délicat de son apparition ? Question un peu encombrante pour des réponses qui ne le sont pas moins. La tentative de Christophe Manon dans L’Idieu mérite d’être signalée. On ne lit plus des poèmes atomisés comme il avait pu nous donner à lire auparavant mais bien un long monologue où le chant essaie, parmi les multiples expérimentations sur la matière du langage, de se faire entendre. Que doit-il surmonter, ce chant ? Une langue tantôt meurtrie, bégayante, heurté, tantôt inventive, créatrice, à l’image de l’interligne qui augmente au fur et à mesure du livre pour rejoindre l’espace blanc de la page.
Christophe Manon nous livre (autant qu’il se livre) un prince Mychkine solaire, dont le corps s’étend aux confins du cosmos, au-delà des bavardages inutiles, pour surmonter les petits conflits, les grandes douleurs et se mesurer à la plus grande des joies, la sienne, afin de la dire, si cela est possible.

l'idieu de christophe manon
64 p. / 12 €
ikko

dimanche 1 juin 2008

à lire


Les méduses n’ont pas beaucoup de réalité, très peu d’être. C’est ce qui les rapproche du narrateur des Méduses d’Antoine Brea. Long monologue intérieur qui dit les liaisons amoureuses, les histoires de famille, la perte de soi-même. Etre quelqu’un ou quelque chose quand tout se délite autour de vous, en vous. On se prend à rassembler rapidement ce que nous sommes comme pour se rassurer en lisant ces Méduses écrites dans une très belle langue faite de légers glissements et incorrections subtiles. Je vous en recommande vivement la lecture.

méduses d'antoine brea
152 p. / 15 €
le quartanier

samedi 24 mai 2008

le cri de la roussette

Cette fable humoristique sur le cri de la roussette (chauve-souris frugivore) sert de prétexte à un inventaire toponymique du village de Tendo (tnedo) en Nouvelle-Calédonie. Elle est en langue Nemi (région de Hienghene). Elle a été recueillie par Remi Pagu Faale de la tribu kavatch, côte est de NC, en 1973.
Roussette, en quête d’un figuier, visite, l’une après l’autre, toutes les demeures de Tendo, qui sont donc énumérées dans l’histoire. C’est en effet l’usage en NC et aux Îles Loyautés que chaque habitation d’un village ait un nom particulier, nom qui peut aussi désigner le propriétaire du lieu.

hingoo-ng
bwek
ye moo seen-javec
ye hyalagi pwe
o ye tnoon tnoon tnoon… hma-e-me tiya koi pwe
o ye tnoon na tiya hma-e-me le sove koi pwe
o ye tnoon tnoon tnoon hma-ra-me sinai koi pwe
o ye tnoon tnoon hma-ra o sima koi pwe
o ye tnoon tnoon tnoon hma-ra le hogec koi pwe
o ye tnoon tnoon tnoon hma-rii pwawada koi pwe
o ye tnoon tnoon hma-en le kare-peec koi pwe
o ye tnoon tnoon hma-ra le wongara koi pwe
o ye tnoon hma-en le ku-paik koi pwe
o ye tnoon tnoon hma-en o hure-nga
ye taxi veli pwe
ye cani ngeli pwe-n cani cani cani… ra cani figi
o ye hwai ngeli doo-n hwai hwai hwai… ra hwai figi
o ye hwai tic vi cenexe-n
hwai tic tic tic hma-ri-n ngeli waa-n
o ye hwai ngeli waa-n hwai hwai hwai… ra hwai figi
ye hwai tic v iwa-kuuxen
ye hwai tic tic tic hma-ri-nga-n vi bale-n o ye hma-ri-n hmwaliido
ye imwaang ta-me ru hmwaliido o ye hwii-ek
o ye knaak ru bwek « kiknaak kiknaak kiknaak »

voici mon histoire :
roussette
elle habite à seen-javec
elle cherche des figues
alors elle court court court à tiya pas de figuier
alors elle court court court monte à sinai pas de figuier
alors elle court court monte à sima pas de figuier
alors elle court court court monte à hogec pas de figuier
alors elle court court court descend à pwawada pas de figuier
alors elle court court jusqu’à kare-peec pas de figuier
alors elle court court jusqu’à hure-nga
elle trouve un figuier
elle mange les fruits mange mange mange… et les mange tous
elle mâche alors les feuilles mâche mâche mâche… et les mâche toutes
elle mâche alors les branches mâche mâche mâche… et les mâche toutes
elle descend alors en mâchant le tronc
descend descend descend tout en le mâchant jusqu’aux racines
elle mâche alors les racines mâche mâche mâche… et les mâche toutes
elle attaque la racine mère
elle descend descend descend en la mâchant jusqu’au bout et tombe sur fourmi noire
fourmi noire lui saute dessus et la pique
et roussette de crier : « kiknaak kiknaak kiknaak »

lundi 19 mai 2008

qui vive de christophe manon 2


Le moment venu seras-tu capable de faire ça, camarade ?
Seras-tu capable d’appuyer sur la gâchette et de tirer ?
Pourras-tu donner la mort sans hésiter ?
Même pour survivre quelques heures, quelques jours peut-être.
Est-ce possible ? Comment en es-tu arrivé là ?
Il faudra bien cependant puisque telle est la situation.
Survivre jusqu’au lendemain. Plus peut-être.
Un sursis pour un être en sursis dans un monde en sursis.
Pourtant n’oublie pas, camarade, la mitraillette est une machine
parfaite pour tuer, mais inutile pour se protéger.
Se protéger de la mort. La sienne ou celle d’un être proche.
Du froid, de la solitude, du désespoir, du non-sens.

T’es-tu jamais demandé à quoi peut ressembler la mort, camarade ?
A-t-elle même une apparence ou n’est-ce qu’un brouillard,
une vapeur, le néant qui s’empare de l’être ?
Voit-on une image, un visage, un masque peut-être,
pareil à ceux des acteurs japonais ou des tragédiens grecs,
autrefois, quand il existait encore des acteurs et des tragédiens ?
Entend-on quelque chose ? Un cri ? Un chant ? Le sifflement
d’un oiseau ? Le cliquetis métallique d’un verrou ?
Que ressent-on à cet instant ? A-t-on peur ? A-t-on froid ?
A-t-on chaud ? Ou bien soudain se sent-on apaisé,
comme lavé de toute crasse, reposé de toute fatigue ?
Est-ce une sensation commune à tous les êtres
ou différente pour chacun ? Saisit-on en un instant,
comme on le dit parfois, de quoi est faite une vie humaine,
ce qui, dans cette vie, est le plus important ?
Revoit-on en accéléré, par flashs, le film des moments,
heureux ou non, qui ont comptés pour nous ? Son approche
sera-t-elle effrayante ? Sera-t-elle pour toi une ennemie
décidée à t’arracher à la terre pour t’entraîner dans la nuit scintillante ?

Bientôt ton tour viendra, camarade, et tu n’y a jamais songé.
Ta ténacité, ton obstination têtue t’ont toujours poussé
de l’avant sans que le doute ne t’effleure jamais.
Mais instinctivement, dans ta brutalité épaisse, pleine de bon sens,
tu n’ignores pas que cela ne sert à rien de penser
à la mort, car aussi préparé qu’on soit, elle se présente
à chacun de façon inédite. Simple. Limpide. Évidente.
Comme la trajectoire d’une balle qui touche au cœur sa cible.



Dans l’enchevêtrement tu es maintenant incapable de distinguer
les pattes des serres et des griffes tournoyantes,
les serres et les griffes tournoyantes des pattes,
les griffes tournoyantes serres pattes des explosions de grenades à main tapis de bombes éclats de mitraille,
les griffes tournoyantes serres pattes explosions de grenades à main tapis de bombes éclats de mitraille de tes branchies babines crocs ventre à toi
dans l’instant de sang gélatine viande provisoirement nommé
combat. N’ayant pour les coups contre ta propre substance
nul autre baromètre que la douleur ou plutôt
la montée soudaine de douleurs multiples et ininterrompues.
Dans cet anéantissement continuel sans cesse
réduit à tes éléments les plus petits et te rassemblant sans cesse
à partir de ces débris dans une reconstruction continuelle.
Te voilà maintenant bien plus grand qu’un homme,
et il te semble que tu es toi-même le danger, camarade,
et à l’intérieur de ce danger, tu es le noyau.



Maintenant tu as mal, camarade, d’une douleur sans âge,
celle qui parcourt à gros bouillons de sang
la longue histoire de l’humanité. Maintenant
tu voudrais cesser d’entendre et de voir,
te transformer en plante ou mieux encore en pierre,
incapable d’un cri ou d’un geste, et tu voudrais sombrer
dans un long sommeil qui n’arrive pas.

Maintenant tu as mal, camarade.
Tu agonises ou tu es déjà mort. Peu importe.
Tu fermes les yeux et te recroquevilles en position fœtale.
Tu voudrais simplement rejoindre ton terrier natal,
te coucher dans ta ruche tout confort pour une longue nuit
sans rêve. Désireux maintenant de dormir en paix.

Tu ignores qui tu es, où tu es, et ce que tu fais, camarade.
Tu ignores si tu te trouves au centre ou à la périphérie de la mort.
Et quelle importance d’ailleurs ? Lèvres clauses, tu cherches.
Tu cherches des mots, mais dans quelle langue
et pour communiquer avec qui ?
Les yeux écarquillés comme un animal
sauvage surpris dans sa fuite, tu protestes.
Tu ne comprends pas et tu protestes.

Ne t’en fais pas, camarade. Dans ce monde mourir
n’est pas difficile. Vivre l’est beaucoup plus.
Vivre n’a de sens que relié aux nombreux cercles
de l’espace noir. Ne t’en fais pas. Ta mort était
déjà ancienne quand ta vie commença.
Mais est-ce mourir cette incompréhension,
cette surprise, la bouche ouverte, les bras ballants ?
Tu fermes les yeux, camarade.
Tu fermes les yeux et tu vois maintenant.
De ton lointain passé surgissent des souvenirs
que tu croyais disparus à jamais :


travail en cours & à suivre

mardi 13 mai 2008

boyz of skandalz

le journal d'antoine brea

Sur Louis-François Delisse et sur sa cavale en Afrique


on trait la poudre
depuis ce matin.
nous bondissons, moi,
je saute par-dessus les balles.


+

j'ai pour obligation professionnelle de fréquenter souvent les hôtels de police. j'y rencontre, pour gagner mon pain, des rouleurs et des chourineurs avec un sourire en épingle, des stupéfiés aux poignets trop menus pour tenir les bracelets avec lesquels on les accroche, des réfugiés remontés par la seine en barque, des brésiliens qui font la pute, des proxénètes à grands souliers, des braquo qui transpirent en passe-montagne. il m'arrive de croiser aussi un procureur au visage passé au formol, des baveux en collerette qui rafraîchissent les faces de leur salive, des victimes la mousse aux lèvres qui crient partout "la mort !", et parfois même un juge du siège que l'on promène en lui parlant avec des cuirs. on peut me croire, tout ce monde-là ne sent pas bon, et les décors sont plutôt moites. les limiers en armes qui nous regardent ne sont pas aimables.

je raconte ça pour qu'on comprenne, parce qu'à force de tremper dans une eau, il est de règle qu'on s'en imbibe. et l'on prend vite aux habitants leurs us et leurs automatismes. pour moi, je dois reconnaître qu'avec le temps, je suis devenu plus méfiant qu'un cogne à barbès. j'ai acquis le tempérament salement matraque.

là-dessus, je déclare sans tergiverser que j'ai tout de suite senti que louis-françois delisse est un type pas clair. d'ailleurs, il n'y a pas à chercher loin, tout sort tout seul et sans qu'on force de sa bouche. delisse se dit fier d'être né et d'avoir poussé comme une herbe dans un "hameau de douaniers et fraudeurs" du nom de "gibraltar"... près de roubaix. il détaille par le menu ses crimes d'enfant et comment dès tout jeune, il empruntait plusieurs identités pour circonvenir les filles et mener d'autres et plus coupables entreprises. delisse s'esclaffe encore d'avoir fait du scandale en ville à quatorze ans et de s'être affiché sans honte dans les cafés à la table de repris de justice.

mais c'est "delisse l'africain" - c'est le nom de pègre qu'il a fini par s'attraper - qui est le vrai suspect. en 1954, delisse se vante d'avoir mis les bouts pour le continent noir afin de s'affranchir du rappel à l'armée qui lui pendait au cou et qu'il savait devoir, au regard de son passé chargé, effectuer en "disciplinaire". là, au beau milieu des guerres et des trafics coloniaux, il serait resté sept ans à se mirer doucement dans l'eau des fleuves, à observer se barbeler les arbres, à entendre chantonner les femmes et le bêlement des chèvres. là, il aurait enseigné aux enfants une langue honnête, il aurait vécu hors du temps une vie presque de saint, il serait bientôt devenu propre et simplement poète...

+

on ne s'étonnera guère, vu ses antécédents à la mesrine, que j'émette des réserves sur les activités réelles de delisse au niger. de loin en loin, je m'interroge aussi sur l'origine d'un livre qui porte son nom et que je viens de lire.

j'ai pour bonheur de tenir dans mes mains un choix de poésies amoureuses des touaregs, poésies "compulsées" et seulement "traduites", paraît-il, par delisse.

à leur sujet, delisse évoque un mystérieux prêtre, le père charles de foucauld, ermite vivant dans le hoggar entre les années 1900 et 1917. un prêtre coureur des déserts, qui aurait rassemblé en notes scrupuleuses les poésies d'amour que le peuple touareg s'échangeait le soir dans les tentes, au cours de l'ahâl, sous le violon des filles.

celui-ci, le violon à l’œil sec,
le très-haut lui donne protection !
pour que, s’il chante, les hommes
se taisent, en rattachant le voile
sur leur visage.

durant son exil, delisse aurait eu l'heur de découvrir, dans les gisements d'archives de la bibliothèque de l'institut français d'afrique noire de niamey, les notes patiemment recueillies par le père de foucauld. il déclare n'avoir fait que donner suite, par une traduction sans ajout, une reproduction en français mot à mot, au travail du vieux prêtre, à qui revient l'honneur d'avoir fait la lumière sur l'une des poésies orales les plus vives, les plus vertes et les plus érotiques.

une source amie bien informée me jure que toute l'histoire est vraie, que delisse n'a rien inventé, qu'à l'aide de quelques interprètes, il s'est borné à être le froid transcripteur des feuilles d'un missionnaire saisi d'émotion pure devant la poésie d'un peuple qu'il avait vu d'abord comme le ramassis des "moins civilisés des hommes".

pour moi, je ne serai pas la dupe de ce conte. et je dis que delisse, dans toute sa cavale en afrique, n'a pas passé une heure dans une bibliothèque, mais qu'il a sûrement coulé sept ans de vraie vie à réciter lui-même des charmes sous les tentes des belles touaregs, à écouter le chant de leurs violons, à arpenter le désert en tous sens à la recherche d'eau et de marchands à dépouiller de riches tuniques indigo de kano, à envoyer des balles d'argent dans le coeur des français et des arabes qui croient pouvoir manger l'espace comme le désert.

c'est sûr, ce sont ses propres aventures que delisse a livrées ici pieds et poings liés.

eh ! tabarot', chemnou, téhîouat',
bouhnan' à la blancheur de fromage
et moumaghbèd', si celle-ci a saisi
la baguette du tambour, ma poitrine
sera prise d'ardeur pour le combat.
je me souviendrai des jours de tabezzat'
lorsque nous sommes montés sur les crêtes
au son de la flûte, tandis que les lâches
se couchaient sur leur ventre, assoupis
sous la colline, cachés par leurs chameaux.
nous avons frappé une danse de nègres
sur nos boucliers, nous avons crié à
akhnoukhen' : "approche, meure ta mère !
ma créance payée, par allah, enfuis-toi
jusqu'à l'ajjer de l'orient !"

ce sont ses propres chants de combat qu'il rechante, en souvenir des trois chèches et du long fusil scintillant dont ses amis de razzia jadis l'ont comblé.

les arabes, donnez-leur
de l'intérieur de votre coeur !
brisez-les menu
avec la poudre à fusil fine.
puis revenez à cette tente
qu'a montée diaï
près de cette pierre d'élias.

c'est le deuil de sa propre dépouille touareg dans les bandelettes qu'il pleure en amoureuse.

eh toi, mon cousin germain, mon bien-aimé !
il y a longtemps que je craignais une séparation
d'avec toi. ils sont revenus, ils ont dit
que tu es mort là-bas !
je suis montée à la colline isolée où est mon lieu
de sépulture, j'en ai levé les pierres,
j'ai mis mon coeur dans une tombe.
ton odeur, je la sens entre mes mamelles,
elle jette le feu dans mes os.

c'est louis-françois delisse qui a écrit ce livre, j'en mettrais ma main à couper. je parie un blanc méhari.



Note du responsable de re-pon-nou: j'ai lu ce texte sur le blog d'antoine brea qui m'a autorisé à le reproduire ici. Bien sûr je ne partage pas son avis.

à écouter!

Une émission de France Culture consacrée à Jérôme Rothenberg et Ivar Ch'Vavar.

vendredi 9 mai 2008

kminchmint 2

Dans le sillage du travail de Jérôme Rothenberg avec Les Techniciens du sacré, Ivar Ch'Vavar nous livre le second (et dernier) numéro de KMINCHMINT, revue de la Grande Picardie Mentale.
Kminchmint signifie commencement en picard.
Ambition considérable dès lors pour cette revue photocopiée de 68 pages au format A4 paysage que de vouloir initier la poésie, voire de la réinitialiser.

Quelques pistes qui méritent attention:
1. Pour (re)commencer quoi que ce soit, il faut se décentrer. Nietzsche le disait déjà dans Par-delà bien et mal: Je vais là où je ne suis pas chez moi, Rothenberg en faisait son objectif dans l'ouvrage déjà cité: conquérir un nouvel imaginaire en fuyant l'Occident, Michael McClure préconisant pour cela "un retour massif de l'intuitif et de l'instinct". C'est ce que tente cette revue par rapport à la langue française en explorant les possibilités créatrices de la langue picarde, "patois" déconsidéré par beaucoup, relégué au rayon folklore et vieilleries. Ainsi lira-t-on un sonnet de Shakespeare traduit en picard de même que le texte Rue du Trou-au-loup appartenant à la culture berckoise est traduit dans de multiples langues. Peuples oubliés ou méprisés, dialectes, mais aussi fous, gens de peu, égarés et autres mystiques comme nouveaux points de départ, voilà qui n'est pas nouveau. Il y a des antécédents. Il y aura bien un prof pour nous le rappeler. Encore faut-il se retrousser les manches et éprouver pleinement les conséquences d'une telle entreprise. Encore faut-il la vivre comme une expérience totale, comme une aventure où l'on a beaucoup à perdre et rien à gagner.
2. La poésie ne peut (re)commencer que si elle (re)trouve le rythme des origines. Au commencement était le tempo. D'où un travail considérable sur le vers, initié il y a déjà quelques années, par Ch'Vavar, Suel, Albarracin, Batsal, Barbet, Delisse, etc. et qui commence à être remarqué: le vers justifié (nombre de signes prédéfini), le vers arithmonyme (nombre de mots prédéfini) et ici un nouveau type de vers hybride du premier et du second mis au point par Ch'Vavar: trois tritostiches (vers de 22 mots divisés en 3 parties "glissant" de gauche à droite). Ce travail rythmique s'ancre de plus en plus nettement dans une perspective chamanique. Le rythme du poème, c'est sa fluidité, seule capable de capter l'énergie présente. Le cadre chamanique permet et permettra de poser "tous ces transformateurs d'énergie pour que le courant passe enfin" écrit Alix Tassememouille au sujet de la plaquette (supplément à la revue) À la barde de Jules Verne d'Ivar Ch'Vavar.
3. Tout commencement implique une fin. Déjà celle de la revue qui s'arrête après son deuxième numéro (on lira les notes explicatives à ce sujet). Mais aussi et surtout fin d'une certaine idée de la poésie, bienséante, officielle, contre laquelle il faut se poser, se construire car elle nous éloigne sans cesse de l'essentiel. Contre bien sûr la poésie ornementation, supplément d'âme, la "belle poésie" mais aussi contre le bavardage inutile, le ludisme verbal inepte. En finir avec tout ça, c'est tenter de (re)commencer effectivement la poésie, loin d'elle-même, au plus près d'elle même.
Voilà quelques pistes seulement suggérées.
RE-PON-NOU les emprunte avec enthousiasme et le revendique haut et fort.

Kminchmint n°1 & 2 et leurs suppléments: 23 €
chèque à l'ordre de:
Pierre Ivart
185, rue Gaulthier de Rumilly 80000 Amiens