vendredi 9 mai 2008

kminchmint 2

Dans le sillage du travail de Jérôme Rothenberg avec Les Techniciens du sacré, Ivar Ch'Vavar nous livre le second (et dernier) numéro de KMINCHMINT, revue de la Grande Picardie Mentale.
Kminchmint signifie commencement en picard.
Ambition considérable dès lors pour cette revue photocopiée de 68 pages au format A4 paysage que de vouloir initier la poésie, voire de la réinitialiser.

Quelques pistes qui méritent attention:
1. Pour (re)commencer quoi que ce soit, il faut se décentrer. Nietzsche le disait déjà dans Par-delà bien et mal: Je vais là où je ne suis pas chez moi, Rothenberg en faisait son objectif dans l'ouvrage déjà cité: conquérir un nouvel imaginaire en fuyant l'Occident, Michael McClure préconisant pour cela "un retour massif de l'intuitif et de l'instinct". C'est ce que tente cette revue par rapport à la langue française en explorant les possibilités créatrices de la langue picarde, "patois" déconsidéré par beaucoup, relégué au rayon folklore et vieilleries. Ainsi lira-t-on un sonnet de Shakespeare traduit en picard de même que le texte Rue du Trou-au-loup appartenant à la culture berckoise est traduit dans de multiples langues. Peuples oubliés ou méprisés, dialectes, mais aussi fous, gens de peu, égarés et autres mystiques comme nouveaux points de départ, voilà qui n'est pas nouveau. Il y a des antécédents. Il y aura bien un prof pour nous le rappeler. Encore faut-il se retrousser les manches et éprouver pleinement les conséquences d'une telle entreprise. Encore faut-il la vivre comme une expérience totale, comme une aventure où l'on a beaucoup à perdre et rien à gagner.
2. La poésie ne peut (re)commencer que si elle (re)trouve le rythme des origines. Au commencement était le tempo. D'où un travail considérable sur le vers, initié il y a déjà quelques années, par Ch'Vavar, Suel, Albarracin, Batsal, Barbet, Delisse, etc. et qui commence à être remarqué: le vers justifié (nombre de signes prédéfini), le vers arithmonyme (nombre de mots prédéfini) et ici un nouveau type de vers hybride du premier et du second mis au point par Ch'Vavar: trois tritostiches (vers de 22 mots divisés en 3 parties "glissant" de gauche à droite). Ce travail rythmique s'ancre de plus en plus nettement dans une perspective chamanique. Le rythme du poème, c'est sa fluidité, seule capable de capter l'énergie présente. Le cadre chamanique permet et permettra de poser "tous ces transformateurs d'énergie pour que le courant passe enfin" écrit Alix Tassememouille au sujet de la plaquette (supplément à la revue) À la barde de Jules Verne d'Ivar Ch'Vavar.
3. Tout commencement implique une fin. Déjà celle de la revue qui s'arrête après son deuxième numéro (on lira les notes explicatives à ce sujet). Mais aussi et surtout fin d'une certaine idée de la poésie, bienséante, officielle, contre laquelle il faut se poser, se construire car elle nous éloigne sans cesse de l'essentiel. Contre bien sûr la poésie ornementation, supplément d'âme, la "belle poésie" mais aussi contre le bavardage inutile, le ludisme verbal inepte. En finir avec tout ça, c'est tenter de (re)commencer effectivement la poésie, loin d'elle-même, au plus près d'elle même.
Voilà quelques pistes seulement suggérées.
RE-PON-NOU les emprunte avec enthousiasme et le revendique haut et fort.

Kminchmint n°1 & 2 et leurs suppléments: 23 €
chèque à l'ordre de:
Pierre Ivart
185, rue Gaulthier de Rumilly 80000 Amiens

1 commentaire:

jfmarcelo a dit…
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